L’échelon manquant ? Les archives municipales en Algérie : histoire de fonds et possibilités historiographiques
Type de ressource
Auteur/contributeur
- Guillopé, Thierry (Auteur)
Titre
L’échelon manquant ? Les archives municipales en Algérie : histoire de fonds et possibilités historiographiques
Résumé
Après d’autres, cet article articule pour l’Algérie l’histoire de dépôts municipaux, la présentation des archives qu’ils recèlent et des pistes de recherche qu’ils autorisent. Il s’inscrit plus généralement dans le sillage de travaux de plus en plus nombreux qui croisent, de façon étroite, réflexions archivistiques et historiques. D’une part, penser ensemble les archives et les dynamiques coloniales et impériales a fait l’objet de recherches particulièrement stimulantes, qu’elles soient transversales ou relatives à des terrains plus spécifiques. D’autre part, les « archives urbaines » forment un objet de recherche en tant que tel. Les recherches sur l’histoire de l’Algérie des XIXe et XXe siècles sont de leur côté en plein renouvellement. Les documents sur lesquels elles se fondent ont été produits par des individus et des institutions très variés. Ils sont actuellement éparpillés, pour l’essentiel, entre l’Algérie et la France. Toutefois, les papiers produits par les municipalités manquent toujours à l’appel. C’est pourquoi leur repérage, leur description et leur analyse sont indissociables d’une histoire de leur archivage (Bloch, 1932). L’enjeu n’est pas seulement d’explorer ces fonds ; il est aussi d’en comprendre les logiques de conservation, de destruction et de classement, pour mieux en circonscrire l’intérêt historiographique. Une histoire sommaire de la culture archivistique en Algérie, de 1830 à nos jours, constitue un premier temps de ces réflexions. Les individus s’occupant des papiers municipaux, encore tous inconnus de l’historiographie, sont ici mis en avant. L’importance de leurs réseaux et de leurs formations sur leurs pratiques archivistiques est notamment interrogée. Il en va de même des lieux d’entreposage et des déménagements successifs qui forment le cadre matériel de la conservation. Ces individus, ces lieux et ces pratiques sont saisis à partir d’une myriade de traces éparpillées entre l’Algérie et la France. Les archives des services responsables de la préservation des fonds forment l’une des sources essentielles de ce travail. Elles consistent en rapports annuels des conservateurs, en rapports d’inspection de leur tutelle ou encore en bordereaux de versement. Tous ces documents sont d’une grande richesse pour comprendre la « mise en archive » (Chabin, 2021). Bulletins municipaux, annuaires et rapports administratifs permettent également de comprendre les lieux, les acteurs et les institutions à l’œuvre. De plus, la presse est mobilisée pour éclairer divers événements et trajectoires essentiels à la compréhension de cette histoire. Les archives des communes de la wilaya d’Alger font l’objet, dans un deuxième temps, d’un examen plus détaillé. Il met en évidence la réglementation renouvelée qui les encadre, leurs conditions d’accès, l’état des fonds et leur inscription dans une histoire plus longue. L’article rend également compte des résultats d’un important travail d’archivistique réalisé sur ces fonds par Aïcha Mati (2013), en arabe comme c’est très majoritairement le cas depuis les années 2000. Son autrice a ainsi multiplié les stages, les entretiens et les questionnaires auprès d’une cinquantaine de services d’archives ou de secrétaires généraux d’Assemblées populaires communales (APC). Il ressort de cette enquête une très grande hétérogénéité des situations : différence des volumes conservés, inégalité des amplitudes chronologiques couvertes, disparité de l’état matériel des archives et des dépôts, forts contrastes dans l’avancement des classements. La présentation de fonds d’archives qui en sont issus vient clore, en un troisième temps, cette étude. Permettre de combler certains angles morts de l’historiographie n’est pas, en effet, le moindre de leur intérêt. Ils autoriseraient une histoire de la propriété urbaine et des sociabilités de quartier, des pratiques agricoles, de la justice, etc. Les fonds conservés par les municipalités permettent surtout de se tenir au plus près de la vie quotidienne. Ils constituent en cela une focale d’observation complémentaire à celle permise par d’autres sources mieux connues ou davantage employées (archives issues de l’administration préfectorale ou gubernatoriale, écrits de notables…). Ainsi, d’Oran à Annaba en passant par Alger, comme dans de plus petites localités, cet article est une invitation à se plonger dans les archives des municipalités. Passées au crible de questionnements anciens ou renouvelés, et si tant est que leur accès soit permis aux chercheurs, elles seraient bien de nature à dynamiser l’écriture de l’histoire de l’Algérie.
Publication
L’Année du Maghreb
Maison d’édition
CNRS Éditions
Date
2024/12/15
Numéro
32
DOI
Consulté le
26/11/2025 22:18
ISSN
1952-8108
Titre abrégé
L’échelon manquant ?
Langue
fr
Catalogue de bibl.
Lien
Référence
GUILLOPÉ, Thierry. L’échelon manquant ? Les archives municipales en Algérie : histoire de fonds et possibilités historiographiques. L’Année du Maghreb [en ligne]. CNRS Éditions, Décembre 2024, no 32. [Consulté le 26 novembre 2025]. DOI 10.4000/13616
Propriétés des archives
Lien vers cette notice